12/10/2010

Spécial Conflit indigène

Le 9 octobre ont mis fin à leur grève de la faim (près de 80 jours) les derniers indigènes qui la maintenaient, arrivés finalement à un accord avec le gouvernement. Diverses lois et réformes se préparent maintenant, dont la reconnaissance dans la Constitution des "peuples originaires", de leur égalité de droits et dignité. Une agence de développement indigène sera aussi créée pour améliorer leurs conditions de vie.

Les grévistes réclament surtout contre l'application à leur cas de la loi anti-terroriste (ils sont accusés de délits d'incendie de résidences et de camions, attaques à la police qui défend les agriculteurs non-indigènes, etc) et "en réclamation de leurs droits ancestraux" sur les terres occupées par d'autres et de "l'abandon dans lequel est leur peuple". A ce propos, un éminent historien a fait parvenir au journal "El Mercurio" la lettre traduite à continuation.

Les mapouches ont leurs terres entre Concepcion et Puerto Montt -et principalement autour de Temuco- sur la carte adjointe. Les kaweskar, au nord de Punta Arenas (zone de Magallanes), les diaguites dans la zone d'Elqui et les aymaras dans la zone d'Atacama (les zones nommées sur la carte n'ont aucune réalité politique ni administrative).

"Dette ancestrale"

Monsieur le directeur:
À plusieurs reprises, les gouvernements, les parlementaires et hommes politiques se réfèrent à une dette envers les descendants métis de l'Araucanie. Toutefois, en raison de leur manque de connaissances ils situent mal les créances, le débiteur et le type de dette.
Les conquérants espagnols, puis les chiliens, ont apporté tous les avantages matériels et moraux d'une culture supérieure et, au lieu de gratitude, reçoivent aujourd'hui des insultes et des méfaits.
Les anciens araucans ont reçu de nouvelles espèces végétales et animales: blé, orge, tomates, pommes, pêches, poires, cerises et de baies, bovins, chevaux, moutons, chèvres et porcs, qui ont complètement transformé leur économie. L'économie de subsistance a été transformée pour créer un excédent qui a permis le commerce avec des pays lointains. Déjà dans la colonie le trafic a été plus ou moins intense. L'introduction de la charrue en bois et l'acier d'abord, puis la faux, la scie, la hache et la charrue a été un grand soutien. Certainement, la chasse et la collecte de fruits pauvres et l'agriculture étroite ont cédé la place à un travail intense et systématique. Les sentiers escarpés et les zones humides ont été remplacés par des routes et autoroutes. Les gués des rivières ont été remplacés par les ponts. Des villages et des villes sont apparus avec les services essentiels. Il y a des écoles et internats qui ouvrent la voie vers des emplois plus variés. Au siècle dernier et aujourd'hui, il ya eu beaucoup de professionnels. Beaucoup ont été les parlementaires et les ministres d'État. La grande majorité, on estime que 70%, vivent dans les villes, tandis que les dernières poches de pauvreté sont dans les coins les plus reculés, où ils sont restés les plus routiniers et de manque d'initiative.
La dette a d'autres connotations. Les raids de simple vengeance ont été remplacé par l'administration de la justice. Le sens chrétien de l'existence a mis fin à la vente des femmes et des enfants et beaucoup d'autres coutumes chocantes. Les hommes, qui avaient vécu dans l'oisiveté, ont été incorporés au travail et les femmes libérées des travaux durs et oppressifs. En matière de santé, l' l'encens et le scandé des machi (sorcières) ont été remplacés par la clinique et l'hôpital, la pénicilline, les antibiotiques et le scanner.
Les progrès de toutes sortes ont été faits avec l'argent de tous les chiliens et il faut dire que l'investissement n'a pas été mauvais, malgré les erreurs, car la grande majorité des descendants d'Araucans avec intelligence et décision ont été intégrés dans la vie du Chili d'aujourd'hui. Le but d'intégration a été une réalité permanente. En 2002, seulement 16% parlaient "mapudungun" et de ce nombre, 9% le parlaient encore plus mal que l'espagnol. Trois ans plus tôt, une enquête de la CONADI (Commission Indigène) a noté que seulement 1,5% des aspirations étaient liées à l'appui de leur propre culture.

Sergio Villalobos Rivera (Historien)

Autres donnés d'intérêt pour apprécier la situation

Peuple originaire?

Les mapouches revendiquent leurs "terres ancestrales". Mais ils ne sont cependant pas les propriétaires originaires de la région où ils résident. Le peuple mapouche (peuple de la terre) ou araucan est venu d'Argentine au courant du XIe siècle et s'est introduit comme un coin entre les habitants existants de la moitié sud de la zona continentale du Chili: les picunches (vikings) de la région entre les fleuves Aconcagua et Bio Bio, et les huilliches (les hommes du Sud) du Bio Bio à l'île de Chiloé. Ils ne sont donc pas "originaires" de la région qu'ils revendiquent. Mais les autres peuplades ne sont plus là pour réclamer.

Situation économique
Au début des années 1990, le taux de chômage de la région était près de quatre pour cent (alors que celui du pays approchait les deux chiffres) et, parmi les régions, celle-çi a été la quatrième qui a reçu le plus d'investissements étrangers. On pensait que l'Araucanie, cette région, et en particulier la ville de Temuco, deviendrait l'un des centres économiques du pays. Cependant, les perspectives d'aujourd'hui sont très différentes: le taux de chômage est à 9,2%, bien au-dessus de la moyenne nationale, et le PIB régional est de 2,4% du PIB, bien que sa population représente six pour cent du total. C'est justement le conflit créé et développé par des agitateurs d'extrême gauche qui explique la fuite des capitaux et des sources de travail!

Autres communautés indigènes
Les mapouches ne sont pas les seules, mais sont les plus nombreux. Plus au sud, dans les îles et près de détroit de Magellan, il y a les kaweskar. Dans le nord, les plus nombreux sont les aymaras (comme en Bolivie), mais il y a aussi des diaguites et coyas. Quelques una réclament maintenant pour les "privilèges" des mapouches et qu'ils devraient aussi faire des grèves de la faim pour être écoutés.
A l'Île de Pâques, les locaux réclament aussi des terres, ainsi qu'un contrôle plus strict de l'immigration et du tourisme, car l'île n'est pas en condition de supporter une plus grande population.