30/11/2021

Novembre (b)

Santé
- Contagiés actifs actuels: +- 14.100 (en baisse, mais forte augmentation dans la région d'Aysen). Plusieurs communes ont dû faire marche arrière dans le plan de déconfinement mais d'autres avencent.
Intéressant graphique qui montre l'incidence de la vaccination sur l'entrée en soins intensifs: en jaune ceux qui ont la "dose de renforcement", en bleu les 2 doses (ou dose unique), en rouge les non-vaccinés.
- Total des cas: 1.704.000
- Décédés: + de 38.300.
- L'Institut de Santé Publique a autorisé la vaccination d'enfants à partir de 3 ans avec le Sinovac. Elle commencerait en décembre. De ce fait, 96,4% de la population peut être vaccinée. 42,5% ont reçu à ce jour la "dose de renforcement". A partir du 1er janvier ceux qui l'auront reçue seront les seuls à obtenir (ou conserver) le passeport sanitaire.
- Des étrangers provenant du sud de l'Afrique ne pourront pas entrer dans le pays, pour freiner l'arrivée de la mutation omicron.
- A partir du 21 mars 2022 entrera progressivement en vigueur une nouvelle loi qui assurera les soins paliatifs pour les malades terminaux. 5.000 patients seront couverts la première année et la couverture sera universelle au bout de 5 ans.

Politique et administration
- Élections: 46,74% des électeurs possibles ont voté. Aux présidentielles, Kast (27,9%) et Boric (25,8%) passent au ballotage (19 décembre). Surprise: le 3e est le candidat Parisi du nouveau "Parti des Gens" (avec un programme "anti-privilèges" et de réduction de l'État), qui a été grand gagnant dans les 3 régions du grand nord.
- La moitié du sénat devait être rénovée: avec les nouveaux élus, la droite obtient la moitié des sièges (un résultat inattendu). A la Chambre, équilibre relatif: 15 sièges pour l'extrême-droite, 53 pour la droite, 25 pour le Front Ample plus 12 Communistes, 27 pour les anciens partis de centre-gauche (dont 8 DC et 13 PS), 6 pour le "Parti des Gens" (conservateur de centre) [voir "Extra"] et 7 pour d'autres petits partis. La gauche y a perdu sa majorité et la centre-gauche est le groupe qui a le plus perdu. Le Front Ample (extrême gauche) est loin d'avoir obtenu ce qu'il espérait (moins que lors de l'élection primaire): il paye facture pour ne pas avoir condamné la violence, un gain pour la droite. 
- Mais Boric est revenu sur sa position: maintenant il soutien qu'«on ne peut pas indulter quelqu'un qui a incendié une église ou saccagé un petit commerce». (Auparavent, il poussait la loi d'indulte pour tous les fauteurs de troubles du 18 octobre 2019.) Il fait aussi appel à "travailler pour l'unité des démocrates", cherchant à unir toute la gauche (Il considère Kast anti-démocrate). Kast devra revoir et ajuster fortement son programme pour obtenir les autres votes de la droite. Les deux devront faire des concessions pour gagner des votes du centre, mais cela semble plus difficile pour Boric, car le Parti Communiste s'y résiste. [Voir Extra: "Kast contre Boric"].
- Le président Piñera a déclaré "ne pas vouloir faire une intervention électorale, mais nous voulons défendre la liberté et l'ordre", un évident appui pour Kast. Le ministre de l'Éducation a aussi exprimé cet appui.
- La présidente (communiste) du Collège des Médecins a renonsé à ce poste pour diriger la campagne électorale de Boric.
- Enquête pré-électorale: 39% voteraient pour Boric et 33% pour Kast. (Restent à gagner les votes des autres.)
- La Démocratie Chrétienne a décidé d'appuyer la candidature de Boric "sans conditions" mais ne participerait pas à son gouvernement. Elle considère que le candidat Kast  "est une menace pour le processus constituant et un retour à l'autoritarisme à l'encontre des avancées démocratiques". On s'attend à des défections: membres de la DC qui ne sont pas d'accord.
- Le Registre Civil a retiré l'approbation de l'offre de la firme chine Aisino pour la fabrication de cartes d'identité et passeports car elle n'a pas répondu les demandes de précisions, et l'a reportée sur la 2e meilleure offre, qui est la firme francaise Idemio. Le coût sera de 226 millions de dollars pour 10 ans. La provision des 10 dernières années avait coûté 700 millions. Les chinois prétendent réclamer en justice.

Convention constituante (CC)
- La présidente de la CC a envoyé une lettre au parlement, demandant que soit faite une réforme de la constitution actuelle pour permettre la réalisation d'un plesbiscite lorsque les 2/3 des voix (exigés par les règles actuelles) ne sont pas atteints à la CC mais bien les 3/5. [Cela conviendrait à la gauche "plus dure", qui a cette quantité de voix, mais pas les 2/3.]
- La CC s'est déplacée durant une semaine dans la région de Concepcion et Araucanie, pour y réaliser des audiences publiques de ses commissions dans diverses communes. Les dirigeants refusent de mettre le drapeau chilien là où elle siège. Et "ils n'ont pas eu le temps de visiter les victimes de la violence" ou d'en recevoir des représentants (les commissions font des audiences publiques). 
- Après les élections, la présidente de la CC a déclaré qu'«il nous faut un président qui dialogue». Le vice-président s'est "mis à disposition" de Boric. (Il ne devrait pas prendre parti!)
- Kast, le présidentiel de droite, a obtenu plus de 50% des voix en Araucanie.

Economie
- Les rentrées du fisc pour la TVA sont 33% plus hautes qu'avant l'explosion sociale de 2019.
- Tous les commerces se plaignent du manque de monnaies: très peu circulent. On n'a pas d'explication.
- L'économie chilienne a crû de 17,2% durant le 3e trimestre, mais le taux d'épargne est tombé à son minimum.
- Le résultat des élections a provoqué une hausse de la bourse locale de 9%, la plus haute en 10 ans.
- Bloomberg: "Le marché des bons au Chili célèbre la résurrection de la droite."
- Étude de l'Université Catholique: 90% des emplois perdus en pandémie ont été récupérés.

Sécurité et justice
- La police a saisi un chargement de 166 kg de drogue. Il y a 8 détenus (dont 4 colombiens).
- Lors d'un contrôle d'identité, la police avait arrêté un jeune homme pour port d'armes blanches. La justice a déclaré l'arrestation illégale. [La même chose s'était déjà passée lors d'un contrôle routier où des armes à feu furent trouvées dans une auto. Si la police ne peut arrêter des porteurs d'armes, que reste-t-il de la sécurité?]
- La police civile a arrêté 4 sujets qui transportaient de la drogue pour 1.200 millions de CLP (un peu plus de 1,2 million d'€).
- Araucanie: Les attaques et incendies ont continué. 5 travailleurs forestiers blessés. Même des professeurs d'une école rurale ont été attaqués.
- Le pouvoir judiciaire a informé qu'entre 2018 et 2020 il a été fait procès pour 391 attaques incendiaires mais seulement 63 pour contrôle des armes. Mais la détection de la possession d'armes a augmenté depuis.
- L'état d'exception y a de nouveau été prorogé pour 15 jours. Selon le ministère de l'Intérieur, cela a réduit de 40% les attaques.

Science et environnement
- Les études de biologie des plantes du désert d'Atacama (qui n'apparaissent que les années où il y pleut un peu) faites à l'Université Catholique de Santiago, y ont révélé une "mine d'or" génétique. Elles ont révélé des mutations dans 265 gènes, qui les aident à supporter la forte radiation, le sel et le stress de la sécheresse, ainsi que des bactéries qui vivent autour des racines et aident à capter le nitrogène qui leur permet de grandir.
- La moitié du pays souffre d'une sécheresse extraordinaire.

Extras:
- Kast contre Boric 

Kast contre Boric

Les principales propositions des rivaux les plus antagonistes que le Chili ait eu ces dernières décennies
Cecilia Barria (Extraits de BBC News Monde, 23/11/2021)

Dans l'un des scénarios politiques les plus polarisés de l'histoire récente, le candidat d'extrême droite, José Antonio Kast, et le gauchiste Gabriel Boric, disputeront la présidence du Chili le 19 décembre, après avoir remporté le premier tour des élections. Ce sera la première fois depuis le retour à la démocratie en 1990 que les partis traditionnels de centre-gauche et de centre-droite ne mènent pas les préférences électorales.
Kast, qui a juré de creuser un fossé à la frontière pour arrêter les migrants, s'opposer à l'avortement et réduire les impôts , a déclaré qu'il admire des dirigeants tels qu'Augusto Pinochet, Ronald Reagan, Margareth Thatcher et Jair Bolsonaro. Son rival, Gabriel Boric, un parlementaire de 35 ans et ancien leader étudiant qui incarne les revendications de la flambée sociale de fin 2019, propose d'accroître le rôle de l'État dans l'économie, de mettre fin au système de retraite privé et d'élargir les droits sociaux de la population. "On nous a confié la contestation pour la démocratie, la justice, l'inclusion, le respect, pour la dignité de tous", a déclaré le candidat qui a formé une alliance avec le Parti Communiste
Quiconque arrivera au palais présidentiel devra gouverner un pays profondément fracturé et avec une Assemblée Constituante qui travaille à la rédaction d'une proposition de nouvelle constitution qui doit être entérinée lors d'un vote populaire l'année prochaine.
Quelques-unes des propositions des rivaux
Le candidat de la droite radicale parle d'une réduction des dépenses fiscales, une dérégulation des marchés et une privatisation des entreprises. L'un des axes centraux de l'autre est la baisse des impôts de toutes sortes, une réforme fiscale inédite qui, selon le candidat, s'accompagnera d'une baisse des dépenses fiscales.
Fervent admirateur d'un État plus petit et plus austère, Kast envisage de baisser l'impôt sur les sociétés (de 27 % à 17 %), de baisser la taxe sur la valeur ajoutée (de 19 % à 17 %) et de réduire à zéro les impôts payés par les moyennes entreprises. Kast assure qu'avec "la paix, la sécurité et l'ordre" les investissements du secteur privé dans le pays augmenteront. Et sur le système des retraites, il prône des ajustements au système actuel qui incluent, entre autres, un relèvement de l'âge de départ à la retraite des travailleurs et du montant des cotisations.
Les perspectives économiques du programme de Boric indiquent exactement le contraire: renforcer l'État, augmenter les dépenses fiscales et augmenter la pression fiscale de plus ou moins huit points du produit intérieur brut (PIB) à un horizon de six à huit ans. Il vise à établir un État-providence doté d'un système de protection sociale garantissant les droits fondamentaux universels. Sur le plan fiscal, il envisage de créer un impôt sur les grandes fortunes du pays, d' appliquer une redevance aux grandes sociétés minières, et de créer de nouveaux impôts, mesures qui, ensemble, augmenteraient la collecte des impôts pour financer son agenda social. Boric entend supprimer le système de retraite actuel administré par les AFP, le remplaçant par un système dans lequel les fonds sont gérés par un organisme public et autonome. Son programme prévient que ces changements seront progressifs et n'interféreront pas "avec la propriété des fonds épargnés à ce jour".
En santé, Kast propose des changements tels que, par exemple, que la santé publique puisse soumissionner des solutions médicales et contracter des services selon les propositions les plus compétitives et efficaces. Certaines de ses mesures visent à accroître le recours à la télémédecine et à créer une entité dédiée à l'évaluation technique des traitements qui seront pris en charge par l'assurance maladie.
Pour le représentant de la gauche, il est essentiel de réduire l'écart entre les prestations offertes par la santé publique et privée. Il propose de créer un Fonds universel de santé (FUS) chargé de gérer les fonds apportés par les travailleurs et les moyens mis à disposition par l'Etat, et en même temps de réduire les délais d'attente pour accéder aux spécialistes et aux cabinets. S'il vient au gouvernement, Boric promet la fin des isapres (assurance maladie privée [alternative à l'assurance publique, à élection mais plus chère]) comme on les appelait jusqu'à présent, les transformant en assurance complémentaire volontaire. En parallèle, il envisage une augmentation progressive des dépenses fiscales de santé.
En éducation, le représentant de la gauche entend étendre le bénéfice de la gratuité de l'enseignement supérieur et éliminer les banques comme source de financement du système. En revanche, Kast veut se passer de la réforme de l'éducation en cours, abroger la loi sur l'inclusion et supprimer les contenus enseignés dans les écoles qu'il considère comme de la «propagande en faveur de l'avortement et des idéologies de genre».
Conflit mapouche et militarisation: Le représentant de la droite dure a déclaré qu'il continuerait à soutenir le déploiement des Forces armées dans la zone du conflit mapouche dans le sud du pays et à soutenir le rôle des militaires en uniforme dans le contrôle de ce qu'il appelle le «narco-terrorisme». Tant dans le sud que dans le reste du territoire, Kast prône "l'usage de la violence légitime" [de la part de l'État].
A l'opposé, Gabriel Boric a fait valoir qu'il n'était pas d'accord avec la militarisation de l'Araucanie, mais qu'il était favorable à la lutte contre le crime. "Je sépare nettement ceux qui commettent des crimes des justes demandes du peuple de la nation mapouche." Les idées de Kast ont été durement critiquées par le candidat de gauche, qui s'oppose à la création d'un « État policier ».

Une nouvelle force à la Chambre

Une nouvelle force émerge à la Chambre basse: le "Parti des Gens"
(Extraits de La Tercera, 22/11/2021)

Le parti de Franco Parisi a surpris et obtenu un banc de six députés. Les parlementaires élus se déclarent économiquement libéraux, mais moralement conservateurs. De plus, ils seront déterminants pour les décisions de la prochaine législature.
Le 26 juillet, le Parti des Gens a fait irruption sur la scène politique chilienne en inscrivant près de plus de 40.000 militants dans le pays. Par ailleurs, il avait annoncé la candidature de 148 candidats à la Chambre des députés et 36 pour le Sénat, qui accompagnaient Franco Parisi [son président, qui réside aux Etats-Unis]. A cette époque, reconnaissent leurs candidats, ils pariaient de monter une campagne ambitieuse avec la conviction d'arriver au Congrès. Et ils ont réussi.
Le résultat leur permettra d'être un bloc avec lequel les coalitions plus traditionnelles devront négocier pour faire passer des lois et des réformes.
Víctor Pino, candidat élu, administrateur d'entreprise de profession, dit qu'il est du centre, ni de la gauche ni de la droite, mais il admet qu'il a des valeurs qui coïncident avec le monde conservateur et qu'il a même voté pour le président Sebastián Piñera lors des dernières élections. Roberto Arroyo, dentiste, se dit conservateur et avait aussi voté pour Piñera; Rubén Oyarzo se dit de centre, religieusement conservateur, mais économiquement libéral, et suivra la décision du parti; Gaspar Rivas a été parlementaire de Rénovation Nationale (parti de droite) mais a voulu se distancier de la division traditionnelle en gauche et droite.

14/11/2021

Novembre (a)

Santé (au 31/07)
- Contagiés actifs actuels: + de 15.000. Les hospitalisations ont aussi augmenté.
- Total des cas: 1.700.000
- Décédés: 37.800.
- Vu la nouvelle hausse de la contagion, l'effort pour le dépistage des contacts des contagiés sera remis en place. 25 communes ont dû revenir en arrière dans le plan de déconfinement.
- 90% de la population adulte a sa vaccination complète. La 3e dose sera exigée aux plus de 45 ans pour maintenir leur passeport sanitaire.
- 41 millions de vaccins ont déjà été importés.
- Un article de The Bureau of Investigative Journalism a révélé les conditions du contrat du Chili avec la firme pharmaceutique Pfizer pour 10 millions de doses de vaccin, conditions jamais vues dans des contrats relatifs à la santé publique, comme s'être soumis à la loi de New-York en cas de différend, avec un arbitrage de la Chambre de Commerce Internationale, et renoncer à son "inmunité d'exécution", ce qui signifie que des biens publics pourraient être embargués par décision d'un tribunal de New York. La loi de New York est normalement utilisée pour des transactions financières. Les mêmes conditions ont été imposées à d'autres pays sudaméricains mais pas aux Etats-Unis ni aux pays européens.

Politique et administration
- Le candidat Boric (Front-Ample-PC) a enfin présenté (le 1/11) son programme de futur possible gouvernement (voir Extra). Du futur parlement dépendra s'il sera facile ou pas de le réaliser (ce qui vaut pour qui que se soit qui gagne).
- Boric appuye une candidate au parlement qui considère que le président Piñera est un dictateur et que le Chili serait beaucoup mieux s'il était comme Cuba ou le Vénézuéla!
- Hécatombe dans la campagne électorale et au parlement: le candidat (et député) Boric s'est contagié de covid-19 et tous ses contacts directs (les autres candidats, qui ont participé à un débat avec lui, et des députés) ont dû faire une quarantaine préventive de 7 à 10 jours, ce qui a difficulté des votes de la Chambre.
- Conséquence: emploi abusif du règlement: Un député de gauche s'est mis à parler pendant 15 heures pendant la session unique où devait être discutée l'accusation constitutionnelle ("question de confiance", sans fondements légaux selon les tribunaux) contre le président Piñera, pour s'assurer qu'un autre député, en quarantaine jusqu'au lendemain, puisse arriver pour voter, ce vote étant indispensable pour compléter le quorum requis. Les votes ont finalement été émis avec ce minimum et l'accusation a passé au sénat (où il n'y aura pas de votes suffisants). "Un coup dur pour la démocratie: une majorité parlementaire disposée à agir avec peu de scrupules, passant par dessus les exigences légales pour ce type d'accusation" disent des analystes. "Ces dernières années, la Chambre a été la scène des plus obscènes démonstrations de démagogie."
- Dernière enquête: Préférences présidentielles: Kast (droite) va en tête avec 22% (+6%), suivi par Boric avec 17% (-4%). Kast gagne surtout entre les hommes de 51 à 80 ans et dépasse Boric même dans les secteurs populaires (segments socio-économiques D et E), où Boric n'obtient que 13%. Celui-ci obtient le plus de préférences entre les électeurs de 18 à 30 ans. Expectatives de triomphe: 23,7% pour Boric et 22,6% pour Kast. 65% des chiliens auraient déjà décidé leur vote. 15% seulement approuvent la gestion de Piñera. La loi interdit la diffusion de nouvelles enquêtes durant la dernière quinzaine avant les élections (21 novembre).
- Entre janvier et septembre, 33.503 émigrants sont entrés illégalement dans le nord du pays par des cols de la cordillère des Andes.
- Le Parti Communiste et les mouvements de gauche reconnaissent l'élection d'Ortega au Nicaragua et critiquent le gouvernement pour ne pas en reconnaître la légitimité. [Tous les candidats d'opposition y étaient emprisonnés. C'est ce qu'ils se proposent aussi ici?] Mais après, plusieurs membres du PC ont donné une opinion contraire et le président du PC a dit que ce n'était pas une déclaration officielle. Le candidat Boric a aussi critiqué l'élection du Nicaragua.

Convention constituante (CC)
- L'analyse des thèmes de fond a enfin commencé. Le principal a été celui du système politique et divers professeurs universitaires et centres d'études on été entendus. Il y a accord en ce ce que l'hyper-présidentialisme actuel doit être changé. Les préférences semblent aller vers un système semi-présidentiel. (Les votations, dans les diverses commissions, commenceraient en février.)
- La présidente (mapouche) de la CC a demandé la fin de l'état d'exception en Araucanie mais demande pour elle-même la protection des carabiniers et refuse de faire une session dans la zone. Elle parle de "politiques racistes" et la CC parle d' "escalade du conflit culturel".
- Le constituant qui avait été dénoncé pour avoir gagné sa place sur la base de mensonges et avait annoncé qu'il y renoncerait n'a pas formalisé ce renon, n'assiste pas, mais continue à toucher son traitement!
- 60 jours sont prévus pour recevoir des suggestions des citoyens, mais la page web pour cela n'est pas encore en place.
- Les groupes de gauche (qui dominent) ont empêché que soit faite une déclaration qui condamne la violence. Explication d'un constituant: "Il faut penser la violence comme le symptôme d'un ordre social qui se meurt face aux forces des peuples qui réclament des transformations structurelles.".

Economie
- Les 24 derniers mois, l'expatriation de capitaux par les entreprises et foyers a atteint 50.000 millions de dollars, un montant historique. 18.000 millions de capitaux tenus à l'étranger ont été rapatriés par le gouvernement pour financer les aides sociales et 10.000 millions par les fonds de pensions pour les retraits de fonds par les particuliers.
- La travail informel a atteint 27,7% des travailleurs (2,3 millions de personnes).
- 38.551 nouvelles voitures ont été vendues en octobre; le mois d'octobre avec la plus haute vente.
- L'index des prix a monté de 6% les 12 derniers mois. C'est le plus haut depuis 13 ans.
- Enquête d'octobre: 51% des gens disent travailler, 19% d'être sans travail; 49% disent avoir une situation économique "régulière", 29% mauvaise et 20% bonne. 32% croient que l'économie du pays sera plus mauvaise et 29% qu'elle s'améliorera dans l'avenir; 49% assurent qu'elle est maintenant plus mauvaise que l'an passé et 18% la trouvent meilleure.
- Le Chili est le pays de l'OCDE où les revenus ont le plus augmenté (+22%) entre avril et juin.

Sécurité et justice
- La police civile a intercepté une charge d'une tonne de marijuana venue du Mexique. Une autre bande a été arrêtée avec 25kg de drogue, des armes et des véhicules. Un bateau péruvien avec 108 kg de drogue a été intercepté près d'Iquique (côte nord).
- La cour a acquitté 4 inculpés pour une attaque incendiaire à une maison communale lors des incidents d'octobre 2019. 2 étaient en prison préventive depuis lors.
- Les incidents du vendredi se répètent à Santiago.
- Araucanie: Les attaques et incendies ont continué, incluant une autre église protestante, un jardin d'enfants et un train de marchandises complet qu'on a fait dérailler (une perte de centaines de millions de CLP) (Photo aérienne).
- Un affrontement entre guerrilleros, police et militaires s'est soldé avec un mort (mapouche) et 3 blessés à balles normales alors que les carabiniers n'ont pas tiré et que les militaires n'ont tiré que des balles de caoutchouc. Les blessés accusent les militaires. Le procureur de la zone les a qualifiés de victimes et il y aura enquête pour une éventuelle "atteinte aux droits humains de la part d'agents de l'Etat" séparée de l'enquête pour "violence rurale". Policiers et militaires portaient des caméras et les vidéos ont été remis aux procureurs.
Le défunt, après l'autopsie, a été reçu et transporté par une caravane de mapouches armés qui n'a pas été interceptée ni les hommes armés détenus malgré que c'est une violation flagrante de la loi. 
- Le leader d'un des groupes rebelles (CAM) a annoncé que "brûlera ce qui doit être brûlé". Une autre "cellule" (WAM) a diffusé une vidéo montrant une trentaine d'hommes masqués tirant en l'air avec des armes automatiques (photo 1, photo 2) et déclarant "Nous exhortons cette nouvelle force policière et militaire à abandonner notre territoire, car elle sera vaincue par la force du peuple mapouche en armes. En tant que Weichan Auka Mapu, nous réaffirmons notre engagement révolutionnaire dans des actions de sabotage des intérêts capitalistes (...) ainsi que des actions armées conformes aux besoins de nos communautés". Le ministère public a ouvert une enquête d'office avec accusation de formation d'une milice privée et infraction à la loi sur les armes.
- Les autorités reprochent que certains politiciens (et constituants) prétendent que l'on dialogue avec eux: "Croient-ils vraiment que c'est possible?".
- Selon le gouvernement, tous les membres des 5 "organisations radicales" sont connus des services d'intelligence mais il n'y a pas encore de preuves suffisantes pour être présentées à la justice.
- Les indigènes de la Convention Constituante ont été remettre une lettre au palais présidentiel demandant la fin de la "militarisation" de l'Araucanie.
- La président Piñera a demandé au parlement le renouvellement de l'état d'exception dans la zone, ce qui été accepté par étroite majorité.
- Le gouvernement a tenté de faire une "consultation populaire" par internet dans la zone au sujet de l'état d'exception. De 400.000 électeurs autorisés, seulement 140.000 ont participé, avec 81% en faveur de son extension. Comme prévisible, ces réponses se concentrent dans les villes.
- Une centaine de mapouches se sont réunis en manifestation pour demander le retrait des militaires.
- Les réclamations pour occupations illégales de terres ont monté de 19 en 2018 à 103 cette année.
- Une délégation du gouvernement chilien s'est réunie avec le ministre de la Sécurité argentin pour coordonner les actions contre la violence dans la zone mapouche des 2 pays.
- La police civile a réalisé cette anné 60 opérations de contrôle de drogue dans la zone, arrestant 46 personnes.

Education et culture
- Le Collège des Professeurs (syndicat) a proposé la suppression progressive de l'enseignement privé subsidé par l'Etat (une idée communiste pour l'éventuel gouvernement de Boric et peut-être pour la CC). Il y a là 2 millions d'étudiants.

Le programme gouvernemental de Boric

Gabriel Boric a présenté son programme avec 53 propositions "pour un nouveau Chili"
(Radio Cooperativa, 1/11/2021)

La proposition indique quatre réformes structurelles : un accès universel garanti à la santé, des retraites décentes sans AFP (fonds de pensions individuels), un système éducatif public, gratuit et de qualité, et la formation du premier gouvernement environnemental de l'histoire du Chili.
«Cela a été un long chemin car nous avons pris une décision que nous savons difficile et nous savions qu'elle allait être remise en cause, ce qui est, contrairement à ce que d'autres candidats ont fait de ne confier la construction du programme qu'à un groupe d'experts, nous avons décidé de l'ouvrir à la citoyenneté», a déclaré le candidat.
Le porte-parole et coordinateur du "processus programmatique participatif" de la campagne de Boric, le maire de Santiago Irací Hassler (PC), a indiqué que cela "marque une voie claire de changements avec certitude, avec sécurité, pour sortir notre pays de l'instabilité dans laquelle nous tient ce mauvais gouvernement de Sebastián Piñera, et c'est pourquoi le Chili a besoin d'un gouvernement qui ne torpille pas ou ne prétend pas guider la discussion constitutionnelle. Au contraire, nous voulons être un gouvernement pour prendre en charge ce processus et le faire plus grand et plus participatif."
LES PROPOSITIONS
En outre, "53 changements concrets pour un nouveau Chili" sont détaillés, dans lesquels ils abordent les objectifs et les mesures qu'ils cherchent à mettre en œuvre en cas d'atteinte du gouvernement. Parmi eux, et en premier lieu, la fin du système AFP [fonds de pensions individuels], garantissant une pension minimale de 250.000 CLP [270€] ; suivi de la création d'une "Commission de dialogue social" qui cherche à faire face aux effets de la pandémie et de la crise économique et, en troisième lieu, la reprise de 500.000 emplois féminins.
Entre autres propositions, il s'agit d'augmenter le salaire minimum pour dépasser 500.000 CLP [540€] à la fin du gouvernement, de réduire la journée de travail à 40 heures par semaine [44 actuellement], de combler la dette scolaire [antique dette envers des professeurs du système public], et une réforme fiscale pour que "ceux qui ont plus apportent plus", avec un impôt aux "super riches", une redevance minière et la lutte contre l'évasion fiscale.
Il vise également à générer un système de santé unique et à faire des Isapres [système privé optatif actuel] une « assurance complémentaire volontaire réglementée » par la Surintendance et à réduire les listes d'attente. De plus, il cherchera à créer une loi sur la santé mentale avec des centres régionaux à ces fins, ainsi qu'un modèle complet d'éducation sexuelle et la loi proposée pour garantir l'interruption volontaire de la grossesse en tant que prestation de santé, ainsi que la promotion de la loi sur l'euthanasie.
Entre autres, le renforcement du ministère de la Femme et de l'Égalité des Genres, et un fonds d'État pour le paiement des pensions alimentaires, et un « Plan national pour les droits LGBTIAQ + sociaux » avec une modification de la loi sur l'identité de genre et, d'autre part, il disposera d'un plan de réduction du prix des logements et de création de 260.000 logements décents.
Il signera également l'Accord d'Escazú [écologie] et cherchera un "processus de transformation de l'institutionnalité environnementale", en mettant l'accent sur la pénurie d'eau et la crise climatique, suivi de la garantie du droit humain à l'eau, de l'annulation de la loi sur la pêche et de l'installation de systèmes pour la génération d'énergie renouvelable.
De même, il y aura réparation pour les personnes violées dans leurs droits humains depuis le 18 octobre 2019, refondation de la police, formation d'une Commission permanente de qualification des droits de l'homme, ainsi qu'orientation vers une politique d'immigration "sûre, ordonnée, régulière" et fin de "la logique du Service des Mineurs", en passant à un système de financement stable.
Enfin, il y aura la recherche du dialogue avec tous les peuples autochtones, la décentralisation, la suppression de la figure du délégué présidentiel [dans chaque Région], le doublement du budget du ministère des Cultures, en plus de la promotion des transports publics gratuits et non polluants.

Les olympiades du 4e retrait des fonds de pensions

Paula Escobar, journaliste
(Extraits. La Tercera, 30/10/2021)

La commission sénatoriale de Constitution a approuvé le 28 octobre par trois voix contre deux le quatrième retrait de 10% des fonds de pension. Et la recherche fiévreuse des 26 voix a été déchaînée pour approuver ce projet de loi dont presque personne ne voulait tout récemment. Non seulement les candidats à la présidentielle Provoste et Boric se sont manifesté - il n'y a pas si longtemps - fortement contre, mais de nombreux parlementaires ont juré que le troisième retrait était « le dernier », puis le « verrou ». Un verrou très faible, car les tours de bélier ont été d'une dimension olympique.
Les économistes (d'un large spectre, et surtout du centre-gauche) ont expliqué avec des pommes et des poires les effets néfastes qu'aurait cette mesure : la hausse de l'inflation, la dévaluation du peso contre le dollar, la hausse des taux des crédits (notamment les crédits immobiliers), la baisse des fonds de pensions les plus conservateurs, où se situent ceux qui sont prêts à prendre leur retraite et qui ont perdu 20 % cette année.
Le président de la Banque Centrale, l'a illustré avec une clarté cristalline, montrant l'augmentation des dividendes des prets hypothécaires. Il a également souligné aux sénateurs qu'«un retrait supplémentaire de fonds intervient dans un contexte macroéconomique différent, donc l'ajustement des marchés serait plus large et rapprocherait le système financier d'un déséquilibre d'une ampleur sans précédent».
L'un des impacts les plus grandiloquents de cette mauvaise politique publique sera dans la réforme urgente et nécessaire des retraites que le prochain gouvernement doit mener, avec cinq millions de comptes à zéro. Une lettre de 120 universitaires prestigieux est catégorique à cet égard : « Si un quatrième retrait est approuvé, la viabilité de la mise en place d'un système de solidarité qui assure des retraites décentes pour tous peut être profondément affectée ».
Les arguments et les chiffres sont très forts, mais certains parlementaires ne veulent tout simplement pas les voir. Ils ne semblent retenir que deux chiffres : que 71% des personnes feraient le quatrième retrait, même si le reste est zéro et que 58% ne voteraient pas pour quelqu'un qui a rejeté la mesure, selon un sondage de Data Influye.
Il est vrai que de nombreuses personnes ont des besoins financiers urgents, mais avec une subvention de l'Etat élargie et aucune quarantaine, la solution n'est pas de continuer à briser encore plus les retraites, faisant également surchauffer l'économie. L'inflation frappe surtout les plus vulnérables, c'est évident. Et les sénateurs le savent. Ou ils devraient le savoir. C'est que dans l'olympiade électorale rien ne semble avoir d'importance, ni les causes et ni moins les conséquences. Mais elles tomberont, implacables, sur les chiliens et les chiliennes. Et surtout sur qui portera l'écharpe présidentielle en mars 2022.