30/11/2016

Novembre (b)

15 novembre - Le gouvernement a suspendu sa réunion hebdomadaire avec les représentants des partis de sa coalition, les désaccords entre eux continuant, surtout entre la DC et le PC.
- L'ex-président Piñera a été accusé de faire des investissements dans une entreprise de pêche péruvienne pendant le conflit avec ce pays pour la frontière maritime (à ce moment en procès au Tribunal International de La Haye), ce qui aurait créé un "conflit d'intérêts". Mais il ne fait pas partie du directoire de la firme chilienne dont il est accionaire et qui a acheté les actions péruviennes (qui passèrent à être 0,5% de ses actifs et sont les 9% du capital social de la firme péruvienne). Il a dénoncé qu'avec cela commençait une "campagne sale" de propagande contre lui, pour éviter qu'il gagne à nouveau la présidence en 2017. La Chambre a annoncé l'installation d'une comission d'enquête et un député communiste a commencé un procès. La droite l'a dénoncé à la fiscalie pour "acccusation calomnieuse".
- Les producteurs de fruits ont qualifié de "crime économique" la grève des fonctionnaites publics, qui a pour eux comme conséquence des retards aux douannes qui affectent surtout les exportations de fruits frais par avion. Il en est de même pour le commerce de semences, dans lequel le Chili pourrait perdre sa place de 5° producteur le plus important à niveau mondial.
- Le ministère de la Santé calcule que 7.000 opérations et plus de 27.000 consultations de spécialistes ont été reportées à cause de la grève. 1.000 tonnes d'ordures sont encore dans les rues du centre de Santiago.
- Explication de la loi contre la torture, promulguée il y a peu par la présidente Bachelet: elle contemple non seulement ce que le concept signifie normalement, mais tout type de mauvais traitement "physique, sexuel ou psychologique", dont 363 cas auraient été dénoncés cette année, généralement contre la police.
- Le journal "El Mercurio" a publié trois pages entières sur la Belgique, pour le "jour du roi" (la moitié des pages de publicité de firmes belges présentes ici, comme Acalis, AGC Glass et Schéder).
- Le président de la Bourse de Santiago a qualifié de "ridicule" la proposition de l'ex-président Lagos d'augmenter la cotisation pour la pension de 5% qui devraient aller à une entité publique pour améliorer les basses pensions. Selon un des administrateurs des fonds pension, le retour à un système de répartition obligerait à cotiser 30% du salaire en 2025. A cette date, il n'y aura plus que 3,3 personnes en âge de travailler pour chaque pensionné (alors qu'il y en avait 7,1 il y a 30 ans).

16 - Les incendies de buissons et herbe sèche de la région métropolitaine au printemps sont passés de 4 l'an passé à 85 cette année. Si la plus grande chaleur en est en partie une raison, ils ne peuvent être causés que par une action humaine. On pense donc à l'action de pyromanes.
- L'industrie du vin estime une perte de 100 millions de dollars à cause de la grève des services publics, qui continue. Les médecins de ces services défilent aujourd'hui pour réclamer la hausse des salaires. Tant pis pour les patients, qui sont pratiquement abandonnés depuis 17 jours! Dans les hôpitaux, ce sont des étudiants de médecine, des médecins militaires et des pensionnés qui assurent les services minimum. Les commerçants accusent des pertes pour 400 millions de dollars à cause de la grève de la douanne.
- Entre janvier et octobre, 4,4 millions de touristes sont entrés dans le pays, 28% de plus que l'an passé.
- Selon une enquête à 600 hommes d'affaires et hauts exécutifs, la majorité de ceux-çi considèrent que 2016 aura été une année "mauvaise" ou "très mauvaise" et que 2017 le sera aussi. 70% signalent que leurs projets d'expansion ont été arrêtés ou reportés.
- Les 37 (!) lois laborales qu'a promulguées ce gouvernement coûteront au pays 1.600 millions de dollars en 2019 (charge pour le prochain gouvernement, quel qu'en soit le signe).
- Selon UNICEF, 25% des enfants du pays sont gravement abusés dans leur foyer. Il manquerait 56.000 éducatrices de jardins d'enfants pour servir toute la population enfantine et réduire ces abus. Aucun canal de télévision ouverte n'a de programme enfantin; il y a 10 canaux de cable, mais 45% des enfants n'ont pas d'accès au cable.

17 - Deux nouvelles machines ont été incendiées en Araucanie.
- Les fonctionnaires des douannes annoncent une nouvelle grève, qu'ils commenceraient mercredi prochain, réclamant qu'ils veulent être écoutés durant l'élaboration de la nouvelle loi qui règlera leurs fonctions, le gouvernement n'ayant pas tenu compte de leurs propositions. Ils assurent qu'ils ont fait leur travail durant la grève des fonctionnaires publics, mais ce n'est que partiellement vrai car il y a eu beaucoup de retards, qui ont affecté le commerce extérieur.
- Le Parlement a approuvé (unanimité au Sénat et division à la Chambre) le projet de loi du gouvernement sur l'augmentation des salaires dans l'administration publique, conservant le taux de 3,2% mais avec des "bons de fin de conflit" de différents montants selon le niveau des rémunérations (Ici on donne un prix pour avoir paralysé le pays?). Les syndicats ont décrété la fin de la grève malgré leur désaccord "pour ne pas créer plus de préjudices pour les citoyens" (enfin!). Un "expert" explique que ce n'était pas une grève (interdite dans le secteur public par la loi et la Constitution), mais un "arrêt du travail" (On est experts ici à jouer sur les mots pour contourner les lois). La Cour des Comptes a de nouveau rappelé l'obligation légale de décompter du traitement les jours non travaillés, mais le faire pourrait causer une nouvelle grève. Le gouvernement est piégé, avec la population comme ôtage. 400 millions de dollars en fruits ont été perdus dans les marchés en gros à cause de la grève. 300 tonnes de marchandises importées étaient bloquées à la douanne de l'aéroport de Santiago.
- La région de Valparaiso est aussi affectée par les incendies de forêts et buissons: 15 incendies, 7 maisons détruites et 400 évacués d'un village menacé. Il a fait 40,5° à Llaillay et 38,8° à Quillota.

18 - La présidente Bachelet a fait aujourd'hui quelques changements de ministres, ceux qui veulent postuler au Parlement l'an prochain étant obligés par la loi à se retirer de toute fonction exécutive à ce jour. Sont changés les ministres Secrétaire (porte-parole) du Gouvernement, d'Energie, du Travail et des Sports. Les partis espéraient des changements plus importants et se sont montrés déçus. La présidente a expliqué par après que ce n'est pas le moment de changer son comité politique (les ministres qui définissent avec elle la politique du gouvernement), car tous s'entendent bien et il n'y a plus de temps pour que d'autres apprennent le travail.
- Hier et aujourd'hui, 500 étudiants présents et ceux réunis dans les bibliothèques de 9.000 écoles publiques du pays (en vidéo en direct sur internet) suivent le congrès "Futuristes", organisé par la Comission de Défis du Futur, du Sénat, où 33 hommes de sciences leur expliquent les défis de leur spécialité. On a recensé 50.000 points de contacts pour voir la transmission.
- 629 mineurs d'âge infracteurs de la loi sont en attente de l'application d'une "intervention psico-sociale" destinée à interrompre leur conduite de transgression. La Cour des Comptes (qui vérifie l'application de la loi dans les organes publics) a donné 60 jours au Service des Mineurs pour donner une solution à ces retards... mais ce service ne compte pas avec les fonds nécessaires.
- Selon une nouvelle enquête à des plus de 18 ans, la confiance du chilien dans les membres de sa famille est supérieure à 75% pour les parents directs, tombe à 55% pour les beaux-parents et 52% pour les beaux-enfants. Il a, en moyenne, 3,5 amis (ils étaient 4,3 il y a 10 ans). 52% considèrent que le mariage est "pour toute la vie".
- Les fonds de pensions supposés les plus stables (categories D y E) ont subi une perte de 3% après le triomphe de Trump.

19 - Une jeep blindée de la police a été attaquée à coups de fusils en Araucanie.

20 - Le président du Parti Communiste a répété le mécontentement de son parti face aux autres partis de la coalition et la droite d'avoir poussé ces autres partis dans le but d'en faire sortir le PC.
- Dans les 3 dernières années, 218 collèges qui ne l'étaient pas sont devenus mixtes. Il reste seulemment 4% de collèges non-mixtes.
- Grâce à un nouveau système d'analyse criminelle, la police à identifié et "désarmé" 18 bandes, principalement de voleurs, en sept mois d'application dans 4 régions du pays. Il sera appliqué l'an prochain dans la région métropolitaine et 2 autres régions.

21 - Les syndicats de la fonction publique annoncent déjà une nouvelle grève si on leur décompte les jours non travaillés. (On s'y attendait!)
- Un escroc, qui s'est fait de 2.000 millions de CLP (plus de 2,5 millions d'€) en se faisant passer pour agent d'investissements puis s'est enfui en Europe, a été arrêté en Roumanie, en attente du procès d'extradition. Pour tenter de l'éviter, il a demandé la condition de réfugié politique, déclarant être "persécuté politiquement par le fils de la présidente de la république". Il est vraiment fort imaginatif! (Avant, il avait déclaré qu'il quittait le pays pour se faire traiter en France une tumeur au cerveau, dont même sa famille ne savait rien.)

22 - Un "bureau mobile" du Service [de protection] des Femmes a été volé et incendié en Araucanie.
- Les demandes d'allocation de chômage dans le secteur de la construction ont augmenté de 12,8% en septembre.
- Le président chinoi Xi Jinping est ici en visite officielle et a signé 12 nouveaux accords de collaboration, approfondissant les accords de libre commerce, en vue d'un "Accord d'Association Stratégique Intégrale".

23 - Selon la première enquête nationale sur l'emploi du temps, les femmes dédieraient 5,9 heures par jour à des travaux non rémunérés (3,8 en "labeurs domestiques"), 3 heures de plus que les hommes, mais la brèche est moindre dans les moins de 24 ans. L'enquête montre aussi qu'il y a 14,5% de jeunes entre 15 et 29 ans qui n'étudient pas ni travaillent ("nini"), mais 77% des femmes de ce groupe dédient 6 heures par jour à s'occuper d'autres membres de la famille.
- Le Chili occupe la 34° position entre 139 pays dans l'Indice de Créativité Globale (qui considère le talent, la tecnologie et la tolérance comme facteurs de développement économique). Le Conseil National d'Innovation considère que l'économie créative a le plus grand potentiel de croissance. Ses principaux facteurs seraient la musique, le design, les livres et l'audiovisuel, et un Programme d'Economie Créative officiel stimulera ces secteurs.
- Rapport du Crédit Suisse: 73.000 chiliens font partie du 1% le plus riche de la planète.

25 - 32% des chiliens de plus de 18 ans déclarent qu'ils sentent qu'il leur manque quelque chose quand il n'ont pas leur téléphone mobile. 57% utilisent les réseaux sociaux (72% WhatsApp et 59% Facebook) pour se communiquer avec les membres de leur famille et 35% aussi avec les amis.
- Le Parti Communiste a perdu la présidence du syndicat des professeurs, mais elle reste aux mains de la gauche. Il accuse qu'il y a une campagne contre lui.
- Aujourd'hui commence (enfin) la construction du nouvel aéroport de Santiago (après 10 ans de discussions, propositions et concours), pour résoudre son manque de capacité, qui est devenu un problème urgent. Le bâtiment actuel, qui date de 1994 et a 110.000 m2, était prévu pour 3 millions de passagers par an, mais on en est à 16 millions, et on avait calculé qu'on arriverait seulement à 9 millions en 2030! Le nouveau bâtiment qui s'ajoutera, de 157.000 m2, et coûtera 900 millions de dollars, pourrait recevoir 30 millions... en 2020, et devra encore être agrandi après pour absorber l'augmentation de traffic calculée de 14 millions de plus en 2030.
- 6 millions de dollars ont été investis dans une campagne de promotion du Chili à l'étranger, basé sur le slogan "Nature ouverte".
- Deux délinquants ont été abattus par la propriétaire d'une maison où 4 d'entr'eux étaient entrés pour voler. La justice lui reconnait la légitime défense.
- La présidente Bachelet a écrit sur Twitter: "Mes condoléances au président Raoul Castro pour la mort de Fidel, un leader pour la dignité et la justice sociale à Cuba et en Amérique Latine". Les critiques ne se sont pas fait attendre.

28 - Epreuve nationale de lecture: 51% des élèves qui terminent la deuxième primaire ne son pas capables d'émettre une opinion sur ce qu'ils ont lu (et donc, n'ont rien compris, s'ils ont vraiment lu). (Etude faite dans 64% des écoles du pays)

29 - Les institutions privées qui collaborent avec le Service National [de protection] des Mineurs (SENAME) ont dénoncé que ce service leur doit 4.500 millions de CLP (6 millions d'€) depuis le milieu de l'année. Comme le SENAME n'a que 11 centres propres, la plupart des enfants retirés et mis sous "protection" par la justice de famille sont envoyés dans ces centres privés (qui sont 248, financés principalement par des donations), mais le financement officiel ne suit pas et la situation est critique, pouvant mener à la fermeture de centres.
- Nouvelle vague de chaleur: 34,8° à Santiago (un record pour novembre dans cette ville).
- La Chambre et le Sénat ont fait une minute de silence en mémoire de Fidel Castro. Les sénateurs d'un parti de droite (UDI) se sont retirés de la salle. L'opposition a aussi envoyé une plainte au secrétaire général de l'ONU car sa Commission Economique pour l'Amérique Latine (qui siège ici)  a émis une déclaration déclarant Fidel Castro comme "un géant de notre temps, qui a démontré qu'une autre route est possible". Elle demande "Comment est-il possible qu'un organisme basé sur les principes de la liberté, du respect des droits humanins, de la tolérance des opinions différentes, puisse louer ainsi la figure d'une personne qui a constamment violé ces valeurs?"

30 - Les jeunes femmes ont maintenant en moyenne moins d'un enfant, alors que celles qui sont arrivées à 80 ans en ont eu quatre.
- Selon son recteur, la loi du budget pour 2017 discrimine négativement l'Université Catholique de Santiago, qui se sent ainsi agressée. "Cela ne m'étonne pas car il y a dans le gouvernement des secteurs qui persistent à vouloir quitter l'appui à notre université", a dit le recteur. En effet, des "fonds de renforcement" ont été disposés pour les universités de l'Etat et 8 autres universités privées de province, l'UC étant ainsi la seule du Conseil de Recteurs qui ne reçoit pas de financement spécial. L' "apport fiscal indirect", qui se donnait tous les ans aux universités qui font de la recherche, lui avait aussi déjà été retiré l'an passé lors que l'entrée en vigueur du programme de gratuité des études pour 50% des élèves, avec aussi pour conséquence une baisse de financement, le minerval moyen payé par l'Etat étant inférieur au prix réel. Il y a une lutte permanente entre les universités de l'Etat et les privées pour l'obtention de fonds. Le gouvernement a de plus annoncé qu'il demandera un prêt international pour ses universités.

Extra: Employés "publics"?
Par Axel Kayser, économiste (Journal El Mercurio, 18/11/2016)
Je suggère de cesser d'utiliser l'euphémisme «employés publics» pour désigner les employés de l'État. Ce que nous avons vu à plusieurs reprises, et a été confirmé ces derniers jours, c'est qu'ils poursuivent leur intérêt comme tout privé avec la différence qu'ils manient des monopoles absolus dans plusieurs des services qu'ils offrent, pouvant, dans le but d'augmenter leur gain personnel, extorquer en utilisant tous les citoyens comme des otages, si c'est nécessaire.
Il est temps de surmonter la fiction selon laquelle l'État est une entité abstraite en charge de servir le bien commun et de voir la réalité telle qu'elle est. Le scandale des salaires dans l'Etat, qui dépassent de loin ceux du secteur privé, est la meilleure preuve que l'État est composé essentiellement de groupes d'intérêt qui cherchent à maximiser leurs profits. Ceux qui les reçoivent peuvent essayer de le justifier de mille manières, mais le fait est que la plupart d'entre eux, s'ils devaient faire face à la réalité du marché, être payés en fonction de leur productivité réelle, n'auraient jamais les salaires qu'ils obtiennent, facturés à tous les chiliens. Cela vaut également pour tous les copains et parents politiques qui ont bénéficié de contrats et de fausses assitances rétribuées.


14/11/2016

Novembre (a)

2 novembre - Le long week-end s'est soldé avec plus de 1.000 accidents de la route, qui ont fait 25 morts.
- Les familles consacrent entre 20.000 et 300.000 CLP (de 27 à 414 €) par mois en éducation (le plus bas correspond aux écoles primaires, le plus haut aux collèges privés et universités), selon une enquête officielle sur les rentrées et dépenses des foyers.
- Le Chili reçoit moins de rayons cosmiques (X et Gamma) que l'hémisphère nord (moins de la moitié), selon une étude avec des ballons stratosphériques (lancés au Chili et aux Etats-Unis par des chercheurs qui travaillent avec la NASA). Il faudrait cependant plus de mesures dans le temps pour savoir si c'est un phénomène continuel ou temporel.
- Le métro de Santiago a atteint une densité de 6 passagers par mètre carré, une des plus hautes du monde (On considère que le niveau optimum est 3).
- Dans le secteur des mines, la productivité laborale a baissé de 42% entre 2005 et 2015. Il y a en moyenne 3 exécutifs et 3 superviseurs pour chaque ouvrier!
- Une célébration de mariage coûte ici en moyenne 6,5 millions de CLP (8.965 €).

4 - Nouveaux incendies de machines, de camions et d'un hangar en Araucanie.
- Le mouvement contre les Fonds de Pensions a convoqué à une grève nationale au travers des média mais aussi d'un "blog" sur internet, où apparaissent les noms des organisations qui soutiennent ce mouvement, en majorité d'extrême gauche. C'est là "le peuple" au nom duquel prétend parler le petit groupe qui convoque à la grève et aux manifeststions violentes? L'appel était à faire toutes les formes possibles d'expression en public. Ainsi, il y a eu des barricades avec pneux incendiés dans plusieurs endroits de Santiago au petit matin et deux bus incendiés, des manifestations avec tambours de caceroles, des défilés terminant en bataille avec la police. Les fonctionnaires publics, les fédérations d'étudiants et le syndicat des professeurs y avaient adhéré convoquant au moins à des manifestations sur les grand-places. Des milliers de chiliens n'ont pu faire les démarches dans les services publics ni voir les médecins de la santé publique, dont les employés faisaient grève; même des chirurgies ont été remises à plus tard. La présidente Bachelet a finalement réagi affirmant que rien ne s'obtiendrait par la violence. Qui écoute et rend compte de l'opinion des gens qui ne demandent qu'à poursuivre leurs activités normales, gagner leur vie "à la sueur de leur front" et progresser sur la base de leurs propres efforts?
- Tous les fonds de pension ont eu une rentabilité négative en octobre.
- L'approbation pour la gestion de la présidente Bachelet a augmenté de 5% depuis août, mais reste à 24% et la confiance des hommes d'affaires continue à être négative. L'ex-président Piñera est monté à 37% de préférence.
- Les partis de la "Nouvelle Majorité" (coalition au pouvoir) ont présenté au gouvernement une proposition de procédés destinés à une meilleure coordination. La Démocratie Chrétienne a aussi repris ses contacts. Entre les thèmes prioritaires fixés ne figure plus l'élaboration de la nouvelle Constitution (bien que l'idée n'est pas abandonnée). Éducation, santé et sécurité publique sont ces prioritaires.
- Nouvelle vague de chaleur dans le centre du pays: 33° à Santiago et 37° à San Felipe (entre autres villes affectées). 15 incendies de forêts dans la région de Valparaiso.
- Un tremblement de terre de magnitude 6,4 Richter a été ressenti à la ville de Talca (sans causer de dégâts), et environ magnitude 5 à Santiago.

5 - La Cour Suprême a envoyé à la présidente Bachelet une lettre pour se plaindre du manque d'attention pour les projets de lois du secteur judiciaire et de la congélation de la rémunération des juges.

6 - La sécheresse s'étend déjà à 72% du territoire et sera de plus en plus critique dans la zone centrale. Les glaciers, qui existent en haute montagne près de Santiago, ont perdu jusqu'à 70% de leur extension depuis 1955, leur situation actuelle mettant en danger la disponibilité d'eau potable pour la capitale.
- Une enquête, réalisée seulement à Santiago, a montré que 44% des enquêtés estime que le Parlement n'aurait pas dû rejeter (avec 97 votes contre 0) le projet d'actualisation des rémunérations du secteur public (ajusté seulement à l'augmentation de coût le vie, de 3,2%), démonstration d'une politique fiscale qui s'attient aux restrictions actuelles de l'économie du pays. 27% estimèrent ce taux "trop bas". 57% ne savaient pas que les employés publics gagnent déjà, en moyenne, 55% de plus que la moyenne nationale.
- Plusieurs dirigeants de la droite estiment que ce fut une erreur des parlementaires de ce secteur de participer à ce rejet au lieu d'appuyer le sérieux du ministre des Finances, car ils ouvrent ainsi la porte à des projets populistes mais irresponsables et contraires à une gestion saine des finances publiques.

7 - Les fonctionnaires publics et même les centres de consultations médicales du système public ont décidé de continuer de faire la grève. Les centres médicaux mettraient un personnel minimum pour voir les "cas urgents", pour "raison éthique" (au moins!), mais tous les autres patients devront reprogrammer (jusqu'à 3 mois plus tard!). Dans les rues de la commune de Santiago, chaque jour s'accumulent 100 tonnes d'ordures de plus qui ne sont plus recueillies, avec toutes les conséquences dues aux hautes chaleurs. Le gouvernement a annoncé qu'il décomptera les jours non travaillés (mais cela n'arrive jamais, car le faire provoque une nouvelle grève).

8 - Les bénéficiaires de bourses d'études de post-grades de la Comission Nationale de Science et Technologie protestent par ce que cette comission leur réclame maintenant des certificats de fin d'études (qu'ils ont déjà envoyé lorsqu'ils terminèrent) pour pouvoir obtenir des fonds pour leurs projets de recherches "par ce que l'acte administratif qui déclare la fin de vos obligations n'a pas été dicté". La plupart ont envoyé dans les délais prévus les documents légalisés (cachetés dans le pays de leurs études), chose qu'il est impossible de reproduire. Un incroyable désordre administratif d'un organisme dédié à la science!
- La présidente Bachelet a signé aujourd'hui une instruction qui obligera "progressivement" les projets de lois envoyés par l'exécutif au Parlement d'être accompagnés d'une étude de leurs effets sur la productivité.
- L'ex-président Lagos a fait remarquer qu'un des problèmes des administrateurs de fonds de pension (AFP) est l'utilité qu'ils obtiennent sur le capital qu'ils ont investi (pour constituer et faire fonctionner leur entreprise), qui se situerait entre 22 et 30%, chose que n'obtient aucune autre activité et que les règlements qui s'appliquent aux entreprises d'utilité publique ne permettent pas de dépasser 10% (mais ne s'appliquent pas aux AFP, alors qu'ils devraient l'être). L'opinion de Lagos est que les 5% d'augmentation des cotisations devraient passer entièrement à une entité de l'Etat "qui les administre de façon transparente et efficiente".
- Hier a eu lieu ici le "CyberMonday", jour d'offres spéciales de vente par internet, ventes qui ont crû de 40% en comparaison avec l'édition de 2015. La moitié du trafic numérique a été à partir de téléphones "intelligents" (smartphones). L'expérience continue aujourd'hui et 140 entreprises y participent.
- Les parlementaires ont de nouveau rejeté le projet de loi sur l'ajustement des traitements de la fonction publique, malgré que les modifications apportées par le gouvernement l'avaient été avec l'accord des chefs de partis (ce que le président des communistes a cependant nié). Le PC, qui contrôle l'association syndicale la plus importante, est le principal opposant. Les dirigeants des syndicats publics refusent dorénavent de discuter avec le ministre des Finances et l'ont même insulté au Parlement (où ils ont dû être expulsés de la tribune à cause du désordre provoqué). Ce seront eux (et les fainéants les mieux payés) qui définiront l'économie du pays? La grève continue!

9 - Le triomphe de Donald Trump inquiète beaucoup ici (comme dans le reste de l'Amérique Latine), surtout pour le commerce avec les Etats-Unis. Le ministère des Finances et la Banque Centrale invitent à la tranquilité mais les analystes du marché accionaire anticipent un impact négatif. Sauf pour le prix du cuivre, qui a augmenté de 20%.
- Nouvelle attaque en Araucanie, cette fois à un camion de transport de valeurs, dont un des gardes a été assassiné. Une fabrique de cellulose a dû cesser ses opérations, les transporteurs de la région refusant de la servir par manque de sécurité.
- Les recteurs des principales universités privées ont averti que le déficit que génère le payement par l'Etat des minervaux des étudiants qui ont droit à la gratuité est impossible à soutenir dans le temps. (L'Etat détermine et paye -avec aussi beaucoup de retard- un "montant moyen" inférieur au coût réel dans ces universités.)
- Une bande de 5 filles d'entre 13 et 18 ans, accompagnées de 2 hommes, a dévalisé la maison d'une femme de 73 ans de Santiago, la rouant de coups, lui fracturant une main et plusieurs côtes, et la menottant, mais la police a pu les arrêter, les voisins l'ayant avertie lorsqu'ils entendèrent les cris. La police a enregistré cette année 5.108 femmes ayant commis des délits contre les personnes.

10 - Les juges, fiscaux et défenseurs publics défilent aujourd'hui dans toutes les villes du pays pour protester contre la congélation de leur salaire.
- La présidente Bachelet a affirmé qu'au Chili il n'y a "ni crise économique ni crise politique" (malgré la dette croissante de l'Etat et les désaccords constants entre elle et les partis politiques de son propre secteur).

11 - Entre 2006 et 2017, les péages des autoroutes urbaines de Santiago auront augmenté de 51%. (Il ya des portiques qui chargent automatiquement le montant près de chaque entrée et sortie.) Entre 2005 et 2015, le nombre de véhicules motorisés en Région Métropolitaine a augmenté de 78,6%, ce qui explique les bouchons sur ces autoroutes aux heures de pointe. Malgré ces bouchons et l'augmentation des prix à ces heures, on calcule que seulement 5% des chauffeurs les évitent. Et on annonce la vente de 300.000 nouvelles autos dans le pays en 2017.
- Une nouvelle chapelle catholique a été incendiée en Araucanie. Les agriculteurs de la région ont demandé à la présidente qu'elle élabore une politique anti-terroriste pour affronter la violence dans cette région. (Mais le gouvernement s'est toujours refusé à considérer qu'il y a terrorisme.)
- Une grande partie de Santiago est couverte par de la fumée, à cause d'incendies de pâturages (côté nord) et de forêts (colines de l'est et du sud) et d'ordures (dans le centre).
- Une comparaison du travail dans les mines de plusieurs pays a montré que le mineur chilien produit 37% de moins que dans le reste du monde.
- Une étude de paléologues chiliens sur des fossiles trouvés dans l'Antartique ont conclu qu'il s'agissait d'un type auparavent inconnu de déprédateur marin, qui a vécu à la fin de l'ère des dinosaures, lequel a reçu le nom de Kaikaifilu hervei. Il mesurait plus de 10 mètres de long et avait un crâne de 1,20m, étant ainsi la créature marine la plus grande ayant vécu dans les eaux australes.

13 - Le déficit habitationnel a augmenté de 5.441 cas (équivalents à familles) et les constructions précaires ont augmenté de 10.000 (bidonvilles) en deux ans, surtout à cause des tremblements de terre qui ont fait du dégât dans le nord, au début de ce gouvernement, où 3.629 maisons sont en retard de reconstruction, mais aussi de la nouvelle politique dans ce secteur qui a affecté les familles de classe moyenne. La revente de maisons est tombée de 15% au second trimestre et celle d'appartements de 4,3%.
- 27 des bus des transports en commun de Santiago sont arrivés -en 12 ans- à la fin de leur vie utile, qui avait été fixée à un million de kilomètres. 370 autres arriveront à cette quantité dans les prochains mois. Leur remplacement, cependant, n'est pas prévu avant 2018.
- Une nouvelle enquête de l'Université Catholique de Santiago ensemble avec une firme spécialisée, montre une baisse de l'appréciation pour la responsabilité et l'effort personnel (31%), augmentant l'attente de l'intervention et de garanties de l'Etat (38%), ce qui semble être le fruit des promesses du gouvernement dans le sens de l'"universalité des bénéfices". La croyance en un conflit entre "riches et pauvres" a baissé de 59% l'an passé à 55% cette année, entre "gouvernement et opposition" a aussi baissé de 71 à 64%. 79% considèrent que leurs propres idées ne sont pas représentées dans l'actuel gouvernement et 81% dans le Parlement. 76% considèrent que l'égalité devant la loi n'est pas garantie. 62% considèrent importants les syndicats pour améliorer les conditions des travailleurs, mais seulement 4% des travailleurs sont syndicalisés. 73% disent n'avoir jamais appartenu à un groupe ou organisation religieuse (malgré que la grande majorité des chiliens se déclare catholique!?); seulement 8% y participent activement.

14 - Quatre camions encendiés en Araucanie.
- Le Collège des Médecins a décrété une "alerte sanitaire" à cause du manque de services dans les hôpitaux et consultations du système public, suite à la grève. La faute en est rejettée sur le gouvernement "qui est inflexible" (sur l'augmentation de 3,2%, mais a offert des "bons" payés une seule fois) et non sur les syndicats (qui exigent encore au moins 4%)! La grève continue. Le Parti Communiste n'a pas voulu participer à une réunion de tous les partis de gauche pour aborder ce thème. La présidente est au Maroc, à la conférence sur le changement du climat (auquel Trump ne croit pas).
- Les incendies d'herbe et de buissons secs continuent dans tous les alentours de Santiago, suite à la vague de chaleur (plus de 30° à la moitié du printemps... et le climat n'aurait pas changé, Mr.Trump?).
- Les vols à la tire ont augmenté de 39% ces 4 dernières années en Région Métropolitaine. L'horaire "préféré" est après 16 heures (aux heures de pointe du retour du travail).
- Le nombre de femmes qui commencent leur propre affaire a augmenté de 8 à 22% en dix ans.
- La chocolaterie chilienne La Fête, qui ses propres champs de cacao au Mexique (et un expert belge) projette d'ouvrir 20 magasins en 5 ans aux Etats-Unis, commençant ces jours-çi avec un à Atlanta.

Extra: Qu'est-ce qui ennuye la Démocratie Chrétienne? (Extraits)
Par Eugenio Tironi (Journal El Mercurio, 1/11/2016)
Il est probable que la réaction de la Démocratie Chrétienne [s'exclure du "comité politique" après les élections et les licenciements commandés par la présidente] est le symptôme de quelque chose de plus profond et qui a été en incubation pendant une longue période.
Selon la théorie psychanalytique, ce symptôme est la représentation d'un désir qui a été refoulé ou censuré par la conscience, et est exprimé de façon un peu étourdie, donnant des rodéos, s'écartant de son but, se défigurant, ou en se déchargeant sur des objets étrangers. Il y a une partie de cela dans le geste DC. C'est l'expression d'un désir qu'elle n'est pas capable d'interpréter, et qui explose périodiquement d'une manière qui, à première vue, n'a pas beaucoup de justification: le désir d'être prise en compte.
Les démocrates chrétiens estiment que leur sensibilité, leurs doutes, leur esthétique et, pourquoi pas, leurs craintes ne sont pas respectés [dans la coalition dont ils font partie]. Les "autres" semblent condescendants, mais finalement les voient comme des obstacles, comme des survivants conservateurs même, qui manquent de courage; non pas comme le reflet d'une vision qui mérite d'être reçue, interprétée et intégrée.
Ce malaise est enraciné dans un événement historique plus large: la baisse qu'a connu, à tous les niveaux, de ce que nous pourrions appeler le catholicisme-communautairien, qui est la source de l'identité DC. Il a d'abord été frappé par le discours marxiste qui se propageat au sein même de la DC, avec la radicalisation des années soixante du siècle dernier. Puis il a subi le harcèlement de l'école de Chicago [économistes], qui était le soutien intellectuel d'un catholicisme pragmatique, individualiste, néolibéral et anti-communautairien, qui a déplacé la DC de l'élite économique.
Aujourd'hui, le harcèlement provient de la laïcité militante, qui a colonisé le centre-gauche, dont l'objectif principal -avant l'égalité, la prospérité ou la démocratie- est l'émancipation de la sphère publique de l'influence de la religion, que ce soit par les institutions, les croyances ou les rites.
Une étape importante a été le remplacement de la "Concertation" par la "Nouvelle Majorité" [avec l'inclusion du Parti Communiste], qui a été réalisée avec une stricte logique du pouvoir, indépendamment des sensibilités culturelles en jeu. Ceci a effacé le délicat équilibre entre les visions catholiques-communautairiennes et les visions séculières atteint sous la dictature, motivé par le désir de composer une vision commune. Le résultat a été une coalition qui manque d'empathie et d'objectif commun, et qui ressemble plus à un champ de bataille. Le sécularisme militant regarde la DC comme un adversaire, une cinquième colonne, tandis que les démocrates-chrétiens regardent avec impuissance comment la laïcité -que certains identifient par erreur avec les communistes- remet en question sa raison d'être, pousse le peuple catholique dans les bras de la droite et applaudit joyeusement sa décadence. C'est ici, et non pas dans un épisode particulier, où jaillissent les ennuis de la DC.

Y a-t'il un remède pour le Chili? (Extraits)
Par Roberto Ampuero (Journal El Mercurio, 6/11/2016)
[Vendredi passé, 5/11] Dès six heures du matin, les radios et les chaînes de télévision ont rapporté le début d'une grève nationale avec des barricades, des clous pour crever les pneus et des cocktails Molotov. Puis aussi des troubles, des affrontements entre la police et les manifestants, des autobus en feu, de la violence concertée, et d'autres attaques terroristes en Araucania. En même temps, les dirigeants anti-AFP (fonds de pensions) ont appelé à occuper les rues, les écoles et les universités, de ne pas aller au travail, pour exprimer "la colère" et l'indignation contre les AFP, tandis que d'autres ont prononcé des discours enflammés au nom du "peuple". La police n'a pas pu y faire face, et celui qui voulait continuer avec sa vie quotidienne, était à la merci des émeutiers, ce qui a donné l'impression que l'état de droit "marquait occupé".
C'est-il une phase passagère, facilitée par un gouvernement de haut rejet populaire qui ne coordonne pas ses parlementaires? Nous sommes confrontés à une période de transition qui va changer dans un an et demi, lorsque la nouvelle administration viendra, ou c'est le nouveau Chili qui nous attend et auquel il faut s'habituer dès maintenant? Aurons-nous à dire au revoir à l'Etat solide, stable et institutionnel, où la démocratie a appris à régler ses différends par consensus, et qui grâce à cela à obtenu la reconnaissance continentale? Faut-il s'adapter peut-être à l'idée que ce sera le Chili où nous allons vivre pendant une longue période: dangereux dans le domaine public, haineux dans la vie civique, turbulent en politique, avec une vie médiocre en performance économique, ponctuée par des grèves, des émeutes et des occupations d'édifices publics? Faut-il se faire à l'idée que ce sera ainsi à partir de maintenant au Chili, à savoir un pays où tous ceux qui veulent se lancer dans les rues et les occuper pour demander ce qu'il juge approprié, aura le droit de le faire, peu importe le mal qu'il cause à la vie de millions de personnes qui veulent continuer à travailler ou étudier ou simplement aspirent à vivre leur vie quotidienne?
J'ai entendu, effrayé, vendredi matin Luis Messina, le leader du mouvement "No + AFP" [non plus de fonds de pensions] qui a essayé de paralyser le Chili ce jour-là. Au début il nous a rappelé l'action d'un préteur instigant ses troupes. Il a invité tout le monde à exprimer de l'indignation, de faire sentir sa «colère» et sa rage contre les 5% des gens qui remplissent aujourd'hui leurs poches prétendument au détriment de 95% des chiliens qui souffrent d'exploitation et d'abus, et pour justifier les expressions de frustration, il justifiait l'occupation des rues. Puis, quand les journalistes lui firent voir ses excès comme origine des souffrances et tourments de ceux qui voulaient poursuivre leur existence quotidienne, il a désavoué la violence. Cependant, il revint bientôt à accepter qu'il comprenait l'indignation de ceux qui entravent la vie de la majorité qui avait l'intention d'aller travailler ou étudier, et finit par en rendre responsable le gouvernement.
Voilà ce qui arrive habituellement: le populisme ne peut pas contrôler les forces qu'il déchaîne lorsqu'il ouvre la boîte de Pandore. De plus le populiste pense qu'il parle au nom du «peuple» et que sa cause est juste et majoritaire.