01/07/2019

Juin (b)

Politique
- Le Council of the Americas a créé un indice de lutte contre la corruption et a conclu que le Chili est le pays de la région le mieux préparé dans ses institutions.
- Le gouvernement a ouvert une page web où les citoyens peuvent envoyer des messages au président de la république ou même solliciter un contact direct por chat.
- Le président Piñera a voyagé au Japon, pour assister au sommet du G20. Il a "prêché" en faveur d'éviter le protectionnisme.

Sécurité
- Un groupe de délinquants a attaqué une auto-patrouille de carabiniers avec un cocktail molotov, l'un desquels a souffert de brûlures en sortant du véhicule.
- Le système créé pour enregistrer les dénonciations à la police permet d'"oublier" de signaler la date, le lieu et même la description du fait, selon un audit réalisé par la Contralorie (Cour des Comptes) sur le programme appelé "Système d'Automatisation des Unités Policières", lequel a coûté 674 millions de CLP (875.000€). Le rapport dénonce aussi la débilité des autres systèmes computationnels de la police uniformée, où les mots de passe sont des mots faciles à trouver qui se répètent même pour plusieurs activités et plusieurs ordinateurs en même temps. La police n'a même pas nommé un responsable de sa cybersécurité. Les carabiniers, ainsi, n'appliquent pas la loi qui s'applique aux institutions de l'Etat en matière de sécurité et efficacité.

Economie
- Il y a ici 140 millionaires (en dollars), qui possèdent 20% de la richesse du pays, selon le Boston Consulting Group. La richesse totale des chiliens est de 493.000 millions de dollars. Seulement 6% de ce montant est investi à l'extérieur.
- Le Chili est le 3e pays latinoaméricain en consommation de parfums, selon l'Euromoniteur.
- Le désemploi est monté à 7,1%, malgré la création d'emplois nouveaux, à cause de l'augmentation de la force de travail.
- Le gouvernement a annoncé 15.000 nouveaux subsides pour l'achat de logements.
- La croissance économique du pays, si bien plus basse que sous Bachelet, est supérieure à la moyenne mondiale, alors que sous Bachelet elle lui était inférieure.
- Les travailleurs de la chaîne de supermarchés Wallmart partent ici en grève ce mercredi 3 juillet. Le problème qui les affecte est la réduction de personnel et la "multifonction", produites par l'automatisation (comme celle des caisses auto-service, qui réduit le nombre de caissières).

Education
- Le Chili est le pays de l'OCDE où les écoliers passent le moins de temps en classe.
- 11 universités chiliennes apparaissent dans le QS World University Rankings 2020. L'Université Catholique de Santiago (PUC) a le poste le plus haut d'Amérique Latine, suivie de l'Université du Chili, respectivement 127° et 189° à niveau mondial. Mais en matière de recherche scientifique, aucune université chilienne n'a dépassé le 600° poste (le compte se base sur les publications dans les revues spécialisées). [Les principales revues scientifiques internationales exigent de forts payement pour publier, que les chercheurs et universités locales sont rarement disposées à payer.]
- Une étude réalisée dans 40 pays sur ce que ferait quelqu'un qui trouve un portefeuille avec de l'argent ou des cartes de banque montre le Chili en 25° position: 40% seraient remis à leur propriétaire (contre 74% en Suisse, le taux le plus haut).
- Les professeurs des écoles publiques ont été en grève 4 semaines, revendiquant pour eux de meilleurs conditions, sans se préoccuper de leurs étudiants (qui pourraient perdre leur année soclaire), alors que leurs pancartes parlent de "défense de l'éducation publique". Une vingtaine de membres du syndicat ont été arrêtés pour avoir bloqué la circulation de l'avenue qui passe devant le palais présidentiel, et réclament pour la "répression", les autres manifestants ayant été dispersés à coups de jets d'eau.

Santé
- Pour 10.000 habitants il y a actuellement 16 médecins disponibles affiliés au Fond National de Santé contre une moyenne de 34 dans l'OCDE. Dans la région métropolitaine, ce sont 14,9 pour 10.000, mais il y en a moins en régions. [Les consultations à ces médecins bénéficient d'une forte ristourne, mais il y a beaucoup de spécialistes qui ne sont pas affiliés et il faut leur payer 35.000CLP (45€).]

Climat
- Les alertes de contamination atmosphérique se sont multipliées dans plusieurs villes. Santiago aura le premier bâtiment d'Amérique Latine qui aidera à décontaminer: un hôtel dont la façade sera recouverte d'une céramique italienne qui, sous l'action des rayons solaires, décompose et neutralise le nitrogène et les oxydes de souffre, formant de l'oxygène. Le système est de plus antibactérial et autolavable. Les 2.300 m2 de sa façade équivalent à l'action d'un bois de 1,5ha.
- Plus de 800 maisons ont été affectées par les fortes pluies tombées dans le sud du pays (100mm en un jour dans les régions de Concepcion et Araucanie), où des rivières ont débordé. Il y a eu 8.500 personnes isolées dans des villages au pied de la Cordillère à cause des neiges (plus de 1,5m) qui a coupé les routes.

Transports et Communications
- Le concessionnaire de l'aéroport de Santiago, Aéroports de Paris, réclame 183 millions de dollars du ministère des Transports pour les préjudices causés par les retards des rapports de supervision de celui-ci nécessaires pour continuer les travaux d'agrandissement. Le ministère reconnait ces retards (sans en indiquer le responsable) mais n'est pas d'accord avec les dédommagements. La chose va en en cour d'appel.
- Le pays compte 18,8 millions de connections fixes et de 4G a internet, 21,3% de plus qu'il y a un an. 17,3% des habitants ont une connection fixe mais les accès mobiles atteignemt 97,9%, dont 48,6% sont de contrat fixe et le reste de prépayement.
- La compagnie espagnole Telefonica installera une fibre optique soumarine entre le Chili et le Guatemala, avec des connections au Pérou et en Equateur.
- A l'occasion du grand intérêt pour observer l'éclipse solaire du 2 juillet, un aérodrome provincial de la meilleure zone a été habilité pour recevoir des vols "VIP" et de gens fameux. 2.000 effectifs de la police ont été destinés spécialement dans la région où l'arrivée de millier de touristes était prévue. 80.000 visiteurs y sont arrivés ce dernier week-end de juin.


EXTRA: Au sujet du socialismo et sa déroute
Par Oscar G. Garreton, ex-membre du Parti Socialiste (Extrait de The Clinic, 31/05/2019)

Nous portons une chaîne séculaire de défaites depuis le siècle dernier: la chute de l’URSS et le mouvement communiste qui a marqué la gauche du XXe siècle, laissant une suite de démissions, de misères, de famines, de dégradations des rêves et de crimes monstrueux. Ce qui était une révolution novatrice à Cuba, rampe au milieu de la misère et de l’immobilité sénile. La Corée du Nord a engendré une monarchie héréditaire répressive, guerrière et affamée. Le Vénézuéla et son "socialisme du XXIe siècle" connait une crise politique, morale et économique sans précédent. Nous avons également eu notre propre défaite avec l'Unité Populaire [1973]. C’était une défaite politique d’une ampleur monumentale, seul son résultat final fut militaire.
Je suis convaincu que ces échecs de la gauche résultent principalement de son incapacité à corriger les certitudes initiales présumées qui n'ont pas passé l'épreuve de la réalité, et en particulier, sa mutation de socialiste à étatiste et de libertaire à autoritaire, sous la baguette de Marx, Engels et Lénine. La conséquence en a été le passage de l'idéalisme rédempteur des travailleurs et des exclus à la bureaucratisation en tant que motif et moteur principal de sa vie. Cette évolution transforma la gauche en un corps étrange et étranger au 21ème siècle.
L’erreur politique la plus grave du renouveau socialiste est peut-être de ne pas admettre que nos actes étaient fondés sur une conviction. Nous n'avons jamais vu que la partie centrale était une critique radicale de ce que nous avons fait avec l'Unité Populaire; disséquer ses erreurs pour changer les réponses. Nous ne semons donc pas le renouvellement, mais la conservation de la même chose qui nous a menés à la défaite de 1973.
Il ne vaudrait pas la peine de considérer comme un socialiste celui qui ne fait pas de son peuple et de sa société, de son foyer naturel, l'objectif central de ses efforts et de ses désirs. Si son obsession est l’État, ce qu’il peut faire, les positions bureaucratiques qu’il ouvre à ceux qui y adhèrent, le renforcer en obtenant plus de ressources, bref accroître son pouvoir de gestion et de contrôle de la société, alors il faudrait l’appeler étatiste. Il est dans son droit. Mais ce n'est pas un socialiste.
Croire que la solution consiste à avoir des entreprises publiques, des banques et des fonds de pension d’État, des hôpitaux construits par des fonctionnaires, des écoles gérées par des fonctionnaires et ainsi de suite, ne conduit qu'à tenter de paralyser une société de plus en plus incontrôlable. Transformer la bureaucratisation en un idéal révolutionnaire s'est déjà avéré un échec pour les négligés, les maltraités, les humbles, les femmes, les discriminés.
Il est déjà évident que le leadership de la coalition [lors des dernières élections] a été formé par le désir de réintégrer le gouvernement et non par un projet national ou une coïncidence programmatique. L'improvisation, l'exagération corrigée au mauvais moment, le raté transformé en habituel, l'assaut du butin d'État avec ses milliers de postes, les honoraires millionnaires, les honneurs et privilèges vertigineux, étaient son sceau [du gouvernement de la "Nouvelle Majorité "].
La défaite subie lors de la dernière élection présidentielle n’a été dépassée que par la défaite de 1973. Il faudra la même force et le même courage pour ensuite faire face aux erreurs commises et trouver de nouvelles réponses.

Narcopolitique (Extraits)
Par Luis Larraín, avocat (Journal La Tercera, 22/06/2019)

L'influence du trafic de drogue sur les élections du Parti socialiste (PS) est un fait très grave, et il ne s'agit pas de ce parti, mais de la société chilienne. Il est courant que les cartels de la drogue s'infiltrent dans le pouvoir politique et en tirent parti, afin de couvrir leurs activités illicites et criminelles d'une couche d'impunité. L'affiche domine le territoire et obtient des brevets pour développer des activités commerciales servant de façade au blanchiment d'argent et à d'autres actifs. Le maire reçoit de l'argent pour embaucher des opérateurs politiques et devient ainsi une force importante sous le contrôle de son parti.
Pour cette raison, il est nécessaire de mener une enquête approfondie et de sanctionner les actes criminels de l'ancien maire de San Ramón [commune de Santiago], Miguel Aguilera. Il a été accusé de divers crimes, notamment le recrutement dans la municipalité de personnes ayant un casier judiciaire pour trafic de drogue. Le Bureau du Procureur maintient une procédure à son encontre. Le Conseil de Défense de l’Etat, pour sa part, a également porté des accusations contre Aguilera.
Le degré d’influence d’Aguilera au sein du parti socialiste est impressionnant. Lors des dernières élections, la communauté de San Ramón comptait 3.996 personnes inscrites au registre des électeurs, soit 20% du total du parti, ce qui est absolument disproportionné. Les adresses de bon nombre des personnes enregistrées correspondent aux adresses où des drogues ont été saisies.
La Cour Suprême du parti socialiste a annoncé l'annulation des élections à San Ramón et dans 19 autres communes. Si le PS valide cette élection et ne prend pas de mesures drastiques, les démissions se multiplieront. Des militants décents ne voudront pas être complices de l'entrée du trafic de drogue dans la politique chilienne.