01/05/2013

Avril (b)

Photo de la quinzaine:
Quartier typique: Av.Providencia (Quartier commerçant "accomodé)








18 - Le ministre de l'Education a finalement été destitué par le Sénat, par 20 votes contre 18. Un seul parlementaire de l'opposition (qui y est majorité) a voté à sa faveur.

21 - Selon une enquête, 46,9% du public a considèré injuste la destitution du ministre de l'Education et 35% l'a approuvée. 64% croyent que la votation a été déterminée par un ordre de parti, et 60% que les parlementaires ont voté en cherchant un bénéfice politique et non la verité des accusations (seuls 21% y croyaient). Avec la destitution, aussi, d'un vice-président de la Chambre, pour fraude fiscale, quelqu'un a pu dire avec raison que, cette semaine, "on a vu ce que tout le monde déteste de la politique". Actuellement, 72,6% des chiliens ne s'identifient pas avec un parti politique et la confiance dans les partis ne dépasse pas 5,2%.

25 - La Bolivie a présenté hier une réclamation devant le Cour Internationale de Justice de La Haye, où elle demande que la Cour oblige le Chili à négocier (et lui concéder) un accès souverain à l'Océan Pacifique. Ils se basent pour cela sur un supposé "droit expectatif" dérivé de négociations antérieures qui n'ont jamais abouti. Mais le Chili n'a jamais accepté de céder de la souveraineté sur le territoire qui lui appartient depuis le traité de 1904, signé librement par les deux pays.

28 - L'Etat apporte 84.000 CLP (135 €) par personne aux ONG qui s'occupent de seniors dans le besoin, Mais cela leur coûte en réalité 450.000 CLP (725 €)par personne.
- Le directeur de l'Institut National de Statistiques a renoncé a son poste, accusé d'avoir compté comme recensées la quantité estimée de 800.000 personnes qui n'ont pas été enquêtées, ce qui jette des doutes sur tout le reste des statistiques... Et l'opposition politique s'en fait un festin pour accuser le gouvernement de tout type de falsification de chiffres. Le calcul de l'inflation est aussi discutée par d'autres économistes et même un docteur en statistiques de Standford (au lieu de 1,5% l'an passé, elle serait de 2,5 à 3%). Le Ministère de l'Economie, duquel dépend l'Institut, a ordonné inmédiatement la révision des procédés et a introduit un recours en justice pour identifier légalement les responsabilités et éventuels préjudices.

30 - Des délinquants (rebelles indigènes?) ont fait dérailler un train de marchandises en enlevant 500m de voie ferrée et coupant la seule voie qui unit Santiago avec le sud du pays (à un peu plus de 500km de la capitale). C'est la première fois qu'on observe ce genre d'attaque.

EXTRA

Le moment: Une conjoncture inquiétante
Le Chili pourrait avoir à regretter d'avoir gaspillé, sans nécessité, une occasion unique d'arriver au développement. Le paysage politique qui commence à émerger au Chili est inquiétant. Les idées des groupes sociaux organisés, des partis politiques et des candidats à la présidentielle de l'opposition [la gauche] -en particulier des plus opposés à la façon dont notre pays a avancé au cours des 25 dernières années- et de multiples voix qui comprennent des individus de la Concertation [l'opposition] qui critiquent également la voie suivie, ouvrent des perspectives aventureuses sur l'avenir qui nous attend.

Partant d'une vision critique de la situation chilienne, de nombreux dirigeants politiques ont commencé à se tourner vers des positions faciles de "refondation" qui incluent une nouvelle constitution, la diabolisation des profits -insinuant qu'ils ne se réfèrent pas seulement à l'éducation payante- mais aussi les présentant comme un fléau qui endommage la vie sociale dans son ensemble, remettant en question l'action des agents privés dans une grande partie des activités économiques nationales.

Cette voie ne cherche ni des corrections institutionnelles ni des améliorations réglementaires pour résoudre les problèmes, mais fait appel à un discours qui sape les fondements de la légitimité des activités quotidiennes qui se développent dans le pays. Elle ne présente pas non plus d'autres solutions explicites, au-delà des clichés ou des platitudes. Ainsi, elle fait diminuer la confiance et augmente l'incertitude de groupes croissants de personnes.

Il semble qu'un tel scénario n'ait pas encore réveillé dans la masse des citoyens l'alarme qu'il devrait provoquer. Comme le Chili a poursuivi une trajectoire couronnée de succès au cours des dernières décennies, le public n'a pas été exposé au risque que crée le language délégitimant signalé, et n'est pas en mesure d'anticiper les conséquences de suivre un cours qui démonte le consensus et entre négligemment sur des chemins dont les porte-parole sont parfois des leaders étudiants -dont la stupéfiante confiance dans leur propre connaissance n'est en rien compatible avec les escroqueries pédagogiques qu'ils prétendent avoir subi-, parfois aussi des dirigeants syndicaux, ou des dirigeants politiques parfois notoirement désireux de plaire avant tout aux étudiants.

Cela devrait mobiliser les citoyens et les cercles qui perçoivent ces risques, ainsi que des politiciens plus responsables des deux coalitions, pour demander et promouvoir la prudence et la sagesse dont le pays a besoin. Sinon, on pourrait avoir à regretter d'avoir gaspillé, sans qu'il soit nécessaire de le faire, une occasion unique d'atteindre le développement.
Du journal "El Mercurio", 28 avril.